De retour

Journal du 12 septembre 2011.

Amis lecteurs, bonjour,

Je sais que vous êtes encore quelques uns à vous rendre sur notre blog et sans doute avez-vous été déçus par les pages vides suite à notre retour le 28 juin dernier.

J’ai bien essayé d’écrire quelques lignes depuis, en vain…le retour n’a rien de facile.

Je vais essayer de m’y employer de nouveau aujourd’hui.

Sans commentaire.

Plus de deux mois se sont passés, un long moment pendant lequel nous avions besoin de prendre de la distance avec ce que nous avons vécu ces six derniers mois. J’avais besoin de quitter l’écran, poser mes mots sur un support différent, savourer des retrouvailles, renouer avec certains sentiments, retrouver une intimité intérieure, laisser passer les jours sans se préoccuper de rien,…vous comprendrez.

Besoin d’appréhender un certain vide, y faire face, ne pas chercher à le combler. Essayer de trouver un nouvel équilibre. Vous le comprendrez sûrement.

Alors qu’avons-nous fait depuis ?

Nous avons reçu, beaucoup, la famille, les amis, les copains des enfants.

Nous sommes partis un week-end à Malte avec notre bande de potes, fêter mes quarante ans. Une escapade prévue avant notre départ que nous avons peaufiné pendant notre passage au Chili, grâce à la clé magique de notre aimable Frederico et de notre petit ordinateur. Si vous êtes intéressés par cette destination (pour trois jours), n’hésitez pas à nous contacter, nous aurons quelques bonnes adresse à vous donner, cela dit en passant.

J’ai fêté mon anniversaire deux fois.

Toute ma famille s’était rassemblée ici même, chez nous, pour nous offrir une magnifique journée à l’issue de laquelle je réalisa, non sans peine (à y croire!), que j’allais bientôt repartir ! Oui, quel cadeau que celui-là ! Un trek de huit jours dans le désert blanc d’Egypte, pour le début de cet hiver, ce qui me laissera le temps d’apprivoiser l’idée de partir seule dans cette aventure (je vous en ferez un petit topo à mon retour), avec ma cousine (une trékeuse née !).

Arthur et Chacha

Nous avons profité aussi de notre petite piscine avec les enfants, des parfums du jardin, du barbecue, de la musique, du bon vin.

Nous avons retrouvé notre maison, intacte, nos deux adorables chats en pleine forme. Ils se sont faufilés entre nos jambes comme si nous étions partis la veille. C’est ce que je disais dans l’un des films (en Australie je crois), tant que quelqu’un est là pour remplir leur gamelle, tout va bien, mais ils ne te sauteront pas au coup comme le font les chiens… expliquais-je à Arthur qui espérait un accueil particulier.

Nous nous sommes retrouvés sur la case de départ avec des bagages différents. Ce que nous avions en partant n’était plus ce que nous portions au retour. Un grand voyage, ça vous change forcément. C’est ce qui rend le retour difficile.

-« Alors ça y est, vous avez retrouver vos habitudes et vos marques ? »

-« Non, pas vraiment. Je retrouve ma maison, mes chats, le jardin, la piscine, le confort de tout ça, mais je n’ai plus envie de remplir mon frigo, mes placards, je ne veux pas déballer mes cartons de fringues, regarder la télé, regarder nous endormir devant. Je n’ai pas besoin de tous ces vêtements, j’ai vécu six mois avec les mêmes. Je n’ai pas besoin de télé, synonyme de toujours plus de publicité, de séries qui rendent accro, de violence, d’informations déprimantes, je préfère aller au cinéma ou rien du tout ».

Je ne re-trouve pas ce que j’ai laissé. Les repaires ont changé, il m’en faudra construire d’autres, trouver une autre place pour mes nouvelles affaires, trouver un endroit pour poser tous ces souvenirs qui nous transportent. Ca n’a pas l’air comme ça mais c’est une bonne chose.

Alors on poursuit sur sa vie, on ne la reprend pas. Elle ne s’est pas arrêtée pendant six mois, elle continue ici. Et ce n’est pas toujours aisé, on se sent « décaler » avec ce qui nous entoure.

Mais ça aussi ce n’est pas une mauvaise chose. C’est juste désagréable.

Il y a peu, je suis allée au cinéma avec les enfants et une amie d’Arthur. Seuls les deux derniers rangs, tout devant, étaient complètement libres. Les autres rangées offraient quelques sièges vacants mais pas au nombre de quatre. Il y avait pas mal d’espace, vous savez, les gens ne se collent pas les uns aux autres, il y a toujours une veste ou un sac à main entre eux. Nous le faisons tous.

 Alors je me suis approchée d’un couple et je leur ai demandé si ils voulaient bien se décaler d’une place (vers les autres) pour que je puisse être assise à côté des enfants.

Le couple avait la trentaine. L’homme demande à sa compagne qui ne levait pas les yeux. Elle dit –« non ». L’homme s’adresse à moi comme pour traduire : -« Il y a de la place en bas ».

-« oui, je sais bien, mais les enfants vont se tordrent le coup, si vous vouliez bien vous déplacer d’un côté ou de l’autre… », insistais-je. L’homme regarde à nouveau sa femme pour voir si elle avait changé d’avis. L’expression de son visage restait fermé, les yeux rivés sur l’écran, il semblait que ce n’était pas le cas. L’homme s’adressa une dernière fois à moi en disant d’une voix bien assurée : -« écouter, ce n’est pas comme si la salle était pleine ! ».

Je suis restée sans voix. Je crois que j’ai juste dis, « ce n’est pas grave les enfants, venez, on va voir un peu plus bas ».

Nous avons finalement trouvé quatre places à côté d’une jeune fille qui accepta bien volontiers de se décaler vers la gauche pour nous permettre d’être ensemble. Quand même !

Voilà une chose bien navrante. « Vive la France ! » aurais-je dû crier dans le cinéma, « vive la France !»

Nous avons été accueilli de façon exemplaire dans les neuf pays que nous avons traversé. Et c’est sur son propre sol que l’on se trouve rejeté.

Quelle misère dans le coeur de ces gens-là !?

Je vous dispense de l’énumération des anecdotes de ce genre depuis notre retour.

Je ne suis pas en train d’idéaliser notre voyage.

Il y a bien des choses moches dans le monde, en tout lieu, à tout moment, mais il me semble que la France ne fait pas parti des plus pauvres ni des plus démunis.

Le progrès nous consume, nous isole, nous éloigne les uns des autres ; les richesses accumulées, l’abondance font de nous des gens malheureux, envieux, aigris, austères, impatients et déprimés.

Tous là...ou presque!

Dans ces moments-là je me réjouis d’avoir une famille, des amis sur qui je peux compter, un cadre solide.

Une famille, justement, et des amis, qui n’ont pas compter leur amour pour hisser un énorme drapeau de joie et de couleur sur le rivage de notre retour.

Je ne vous l’ai pas raconté ?

Pour ça il faut que je remonte un peu le temps :

Nous étions aux aéroports, Cusco, Lima, Madrid, et la France juste en face (un petit clin d’œil pour ceux qui ont suivi..).

A Madrid, je craque une dernière fois dans les bras de Jacques.

J’envie la réjouissance des enfants. Je n’y arrive pas.

Dans le dernier vol, Arthur est dans un état d’excitation avancé, il me fait rire. Charlotte ne tient plus. Elle se colle au hublot pour voir si nous avons atterrit.

Voilà, nous apercevons d’abord la Camargue, puis Marseille, l’Estaque, l’Etang de Berre.

L’avion se penche. Nous voyons scintiller la mer sous les feux d’une fin d’après midi éclatante.

Voilà les bâtiments qui grandissent, les voitures ne sont encore que quelques points de couleurs mobiles, les bateaux signent leur passage d’une courte traînée blanche pendant que mon cerveau s’écrase sur le sommet de ma tête. Nous descendons.

Je regarde tour à tour Charlotte qui est à côté de moi, puis Arthur, et Jacques. Je me saisis de cet instant qui marque la fin.

C’est de l’or.

C’est terminé. Notre rêve s’est accompli.

Nous ne pourrons que nous en réjouir.

Et voilà les roues qui bondissent sur le sol.

Dernier vol

Nous sommes le 28 juin 2011, il est dix huit heures et nous sommes arrivés.

Le tapis roule et distribue nos bagages assez rapidement.

Nous les chargeons sur un chariot et prenons le chemin de la sortie. Une large porte à deux ventaux se plante devant nous.

On se lance un dernier regard, puis nous la franchissons dans un même élan.

De l’autre côté c’est une nouvelle histoire qui commence.

Lily et Tom

J’aperçois Tom, Lily et Guilhem ; ils portent des tee-shirts où je peux lire « bienvenue Marraine !». Il y a mon père, ma mère, mon beau-père et mes larmes de joie.

Nous nous répartissons dans deux voitures.

Nous sommes séparés pour la première fois.

Bien sûr la route m’est familière, elle me parait juste plus petite, les distances plus courtes et les arbres plus verts.

Je questionne ma mère sur la présence des enfants à l’aéroport. Elle me dit que c’était convenu avec les parents et qu’ils viendront les chercher en début de soirée.

Je me réjouis de savoir que je vais déjà rencontrer quelques uns de mes amis. Je m’ôte ensuite d’un doute supplémentaire en lui demandant si nous allons bien dîner ensemble ce soir (parents et beaux-parents). J’angoissais un peu à l’idée de nous retrouver seuls dans notre maison dès le premier soir, avec le vide et le silence au milieu des battements de souvenirs.

Elle me dit que Colette (mère de Jacques) a préparé un apéritif mais que nous passerons d’abord chez nous déposer nos affaires et que les enfants pourront voir leurs chats.

Je trouve que c’est une bonne idée.

On arrive chez nous

Nous traversons notre village, franchissons le portail vert au bout du mur en pierre.

Mes parents sortent nos bagages du coffre.

Je ne passe pas la porte. Je vais directement vers le jardin dans l’espoir d’y trouver les chats. Charlotte est avec moi, suivi de Tom et de Lily.

Mais après trois pas sur la terrasse, je tombe nez à nez avec un immense drap blanc suspendu sur un portique à roulette. Des tas de papiers y sont accrochés, des mots, des dessins, des photos, des photos si récentes, extirpées du blog !… il y a aussi l’itinéraire complet de notre périple…je n’en reviens pas.

Le jardin est en fête. Des ballons multicolores fleurissent les arbres et la cuisine d’été. J’entends Florent Pagni chanter « bienvenu chez moi ». Je m’avance et là… ils surgissent tous !

Louis

Mes amis Jean Mi et Claire du collège (du temps de mon collège !) avec leur famille, le petit Louis qui vient presque de naître, tous les potes de l’école (les parents rencontrés quand Arthur était à l’école maternelle) et leurs enfants, tous les copains d’Arthur, de Charlotte, ma sœur, les amis de mes parents (dont ceux qui m’ont connu haute comme trois pommes), certains de mes cousins, cousines, quatre de mes filleuls aussi, une trentaine de personnes était là pour nous souhaiter la bienvenue !

Ils avaient tout préparé. Un énorme buffet de salades composées et de plats en tout genre dansait sur une table géante. De quoi nourrir un régiment.

J’ai mangé quelques brins de chou fleur cru et bu un verre de vin.

J’ai pleuré dans les bras de Karine et j’ai craqué devant le petit Louis. J’ai aperçu chaque visage comme dans un rêve, avec un halo de lumière tout autour.

Maman me tient par le bras et nous invite à entrer dans notre maison. Notre locataire a laisser des étoiles partout…ça scintille presque tellement c’est propre, rangé, inhabité. Une maison témoin avec une odeur que je connais et une autre que je découvre. Dal a fait brûler de l’encens. Cécile a disposé des pétales de roses sur les lits ; et maman des savons dans la salle de bain. C’est un havre de paix.

Je me suis laissée envahir par le bonheur de ces retrouvailles toute la soirée. Quelle belle surprise, n’est-ce pas ?

Que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

Je remercie encore ma mère qui en est l’initiatrice, ainsi que tout ceux qui étaient là, faisant ce que ce fut. Magique.

Nos loulous

Arthur et Charlotte se sont couchés quand un premier groupe s’en est allé, vers onze heures. Ils étaient tout drôles de retrouver leurs chambres, leurs lits avec leurs draps.

A minuit, d’autres sont partis.

Après avoir mis Dal et Colette à la porte qui n’en finissaient plus de vouloir tout ranger, nous nous sommes retrouver seuls vers deux heures du matin.

Jacques et moi-même n’avons alors pas pu nous empêcher d’aller prendre un bain dans notre petite piscine, ne trouvant plus les mots pour expliquer notre état. Un état second, euphoriques et choqués, heureux et épuisés.

C’est ainsi que s’acheva notre aventure de six mois, dans notre lit, comme elle avait débuté la veille du départ, à ceci près que nous ne trouvions pas le sommeil, trop préoccupés à se demander si nous n’avions rien oublié.

Pour l’heure, la fatigue générée par autant d’émotion aura eu raison de nous assez rapidement, après un bref constat sous le chant des grillons.

-« Tu réalises ? »

-« Non, toujours pas. »

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4 Commentaires to “De retour”

  1. Fanfan dit :

    Un voyage merveilleux,des pays magnifiques,des gens extraordinaires,des aventures inoubliables;une vie familiale riche d’émotions,oui mais voilà le retour est là,bien présent et il faut réapprendre la vie en France avec ses bons et ses mauvais côtés et l’accepter…..Pas le choix sauf de repartir….Mais ce n’est que partie remise,n’est-ce pas? Donc patience…..Nous avons vécu votre voyage grace au blog,c’était très enrichissant et oh! combien attendu au fil des jours!!!!Vous nous avez fait vibrer et encore bravo pour ces belles images et la musique et les films et tout et tout.Une farandole de bisous pour les Mich….A très bientôt

  2. Bonjour,

    Texte superbe, les émotions y sont admirablement retranscrites … Merci !
    Jean-Fi .

  3. Cocolicot dit :

    J’avais envie de vous dire bravo, mais surtout un grand merci pour toutes ces parcelles de reves que vous nous avez distillé pendant ces 6 mois.Quels souvenirs vous vous etes fabriqués pour plus tard ! Et quelle richesse pour Arthur et Charlotte !
    A bientot j’espère pour de nouvelles aventures …
    NB : je suis intéressé par vos bons plans sur Malte car j’y ai prévu la surprise pour ma chérie du 17 au 20 octobre prochain.

    • sab dit :

      Merci Michel pour ces mots qui nous font tant plaisir. Nous sommes heureux de savoir que vous faites partis de ceux qui nous ont suivi.
      Nous sommes partis 4 jours à Malte aussi, je vais donc vous faire suivre (sur votre messagerie car cela sera un peu long) quelques informations utiles pour l’organisation de votre séjour en amoureux.
      En attendant je vous souhaite bon vent.
      Merci encore.

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